Vers un modèle plus préventif et inclusif
La santé mentale, décrétée Grande Cause Nationale en octobre 2024, renouvelée en 2026, a fait l’objet
en juin 2025 d’un plan gouvernemental centré sur la psychiatrie et la jeunesse. Les personnes âgées
de plus de 65 ans représentant, pourtant plus de 21,8% de la population et près de 25% dès 2030 (et
30% à l’horizon 2050), y sont les grandes absentes.
C’est un angle mort inquiétant : l’allongement de la vie est un succès collectif, mais il s’accompagne
d’une fragilisation psychique et relationnelle silencieuse, souvent mal repérée, parfois confondue avec
le « cours normal » du vieillissement. Sa non prise en compte peut à ce titre engendrer trois fractures
explosives :
– une fracture humaine, quand les existences se replient ou s’effondrent ;
– une fracture sociale, quand les familles et les quartiers se désagrègent ;
– une fracture économique, quand la perte d’autonomie psychique entraîne désorganisation,
absentéisme, soins lourds et coûts massifs pour le collectif.
Dans cette optique, d’ailleurs, une attention accrue à la santé mentale des aînés peut aussi concourir
à une meilleure protection des professionnels : ceux du soin, du travail social et de l’aide à domicile,
dont la santé psychique se dégrade par porosité, entraînant à son tour désengagement et perte
d’attractivité.
C’est dans cet esprit que le Cercle Vulnérabilités & Société a constitué un groupe de travail
pluridisciplinaire pour produire la présente note. Celle-ci propose à travers le concept original de
« réserve mentale » (emprunté à des approches de type énergétiques) et une proposition d’évolution
du modèle médico-centré, de considérer la santé mentale des personnes âgées comme :
– un investissement porteur de retours sur investissements dans les champs sanitaire, social,
économique, avec des effets secondaires positifs sur les tiers (proches, aides à domicile, soignants)…
– un cadre emblématique d’actions à déployer auprès d’autres publics exposés à des souffrances
mentales en forte augmentation (enfants, jeunes adultes, actifs, parents isolés…).
Cette note s’adresse prioritairement aux associations engagées sur ce thème, aux professionnels
de santé et du travail social, aux responsables d’établissements et de réseaux de soins,
ainsi qu’aux pouvoirs publics à qui elle propose des recommandations opérationnelles.